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Note de conférence de presse sur l’Égypte

Porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme :  Ravina Shamdasani

Lieu : Genève 

Date : 18 octobre 2019

Sujet :  Égypte

Égypte

Comme vous vous en souvenez peut-être, en septembre dernier la Haute-Commissaire s'est dite très préoccupée par la vague d'arrestations qui s'est déroulée en Égypte pendant et après une série de manifestations dans le pays mettant en lumière plusieurs problèmes socio-économiques. Malheureusement, ces arrestations se poursuivent et comprennent plusieurs personnalités importantes et respectées de la société civile. Nous pouvons citer notamment les cas suivants.

  • Le 12 octobre au Caire, des membres des forces de sécurité en civil ont arrêté Esraa Abdelfattah, une journaliste et éminente défenseuse des droits de la personne. Mme Abdelfattah a été emmenée dans un lieu tenu secret, où elle aurait été battue alors qu'elle refusait de déverrouiller son téléphone portable. Elle aurait ensuite été forcée de se tenir debout face à un mur pendant sept heures, après qu'on lui a fait débloquer son téléphone en utilisant par la force ses doigts et son pouce, pour ainsi permettre au contenu de son téléphone d'être fouillé. Le lendemain (13 octobre), elle a comparu devant le procureur, qui a ordonné sa mise en détention pendant 15 jours en attendant qu'une enquête soit menée sur les accusations de « collaboration avec une organisation terroriste pour atteindre ses objectifs » ; « diffamation et propagation de fausses informations » ; et « utilisation abusive des médias sociaux ». Elle a commencé ce même jour une grève de la faim. Elle est actuellement détenue à la prison pour femmes d'Al-Qanateer.
  • Deux semaines plus tôt, le 29 septembre, les forces de sécurité ont arrêté Alaa Abdel Fattah, un défenseur des droits de l'homme et blogueur bien connu, alors qu'il se présentait à la station de police de Dokki au Caire dans le cadre de sa liberté conditionnelle. Le personnel pénitentiaire aurait bandé les yeux de M. Abdel Fattah, l'aurait forcé à se déshabiller et à ne garder que ses sous-vêtements, et l'aurait forcé à marcher dans l'un des couloirs de la prison en le frappant au dos et au cou. Avant son arrestation, M. Abdel Fattah avait purgé une peine d'emprisonnement de cinq ans pour avoir organisé une manifestation sans autorisation. Depuis sa mise en liberté conditionnelle en mars 2019, il devait dormir chaque soir dans une cellule de prison. 
  • Plus tard le même jour (29 septembre), l'avocat de M. Abdel Fattah Mohammed El-Baqer – un avocat spécialisé dans les droits de l'homme réputé et directeur du Centre Adalah pour les droits et libertés – a également été arrêté alors qu'il assistait à l'interrogatoire de son client, M. Abdel Fattah, au Bureau du procureur pour la sûreté de l'État. Depuis son arrestation, il aurait été soumis à des violences physiques et verbales, et se serait vu refuser l'accès à de l'eau potable et à des installations sanitaires, ainsi qu'à une assistance médicale. 

M. Abdel Fattah et M. El-Baqer ont tous deux été accusés des faits suivants : « appartenance à un groupe terroriste » ; « financement d'un groupe terroriste » ; « diffusion de fausses informations affaiblissant la sécurité nationale » ; et « utilisation de médias sociaux pour commettre des infractions ». Le 9 octobre 2019, la détention de ces deux hommes, détenus à la prison de sécurité maximale de Tora, a été prolongée de 15 jours supplémentaires. 

Ces cas sont loin d'être isolés, il s'agit simplement de trois des cas les plus importants.

Une fois de plus, nous rappelons le Gouvernement égyptien qu'en vertu du droit international, les individus ont le droit de manifester de façon pacifique et le droit d'exprimer leurs opinions, y compris sur les médias sociaux. Ils ne devraient jamais être arrêtés, détenus – et encore moins être accusés d'infractions graves comme de terrorisme – simplement pour avoir exercé ces droits. Les actions des autorités à tous les niveaux – police, services de renseignement, procureurs et pouvoir judiciaire – devraient être conformes aux normes internationales concernant le droit à la liberté d'expression et de réunion pacifique, ainsi qu'à une procédure régulière et à un procès équitable, y compris le droit à l'assistance juridique et de ne pas être contraint à s'incriminer soi-même.

Toutes les personnes arrêtées et détenues uniquement pour avoir exercé leurs droits, ou avoir fourni une assistance juridique à des personnes ayant été arrêtées, doivent être libérées immédiatement.

Nous tenons également à rappeler à l'Égypte ses obligations en vertu du droit international à respecter et à protéger le droit d'une personne à ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il s'agit d'un droit intangible. Nous appelons les autorités égyptiennes à enquêter rapidement et efficacement sur toute allégation de torture ou de mauvais traitements en détention et à prendre des mesures législatives, administratives, judiciaires et toute autre mesure efficace pour prévenir de tels actes.

FIN