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L’impact disproportionné de la COVID-19 sur les communautés ethniques minoritaires

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Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Le 24 novembre 2020

Je tiens à remercier les organisateurs de cet événement. Je suis convaincue que nous devons faire de cette période un tournant pour les communautés minoritaires dans les sociétés du monde entier.

Nous avons constaté avec effroi le nombre disproportionné de personnes et de groupes marginalisés et victimes de discrimination fondée sur l’ascendance – en particulier les personnes issues de minorités ethniques ou religieuses et les peuples autochtones – qui ont été victimes de la COVID-19.

Avec effroi certes, mais sans surprise.

Ceux qui ont été laissés pour compte et rendus impuissants par une discrimination vieille de plusieurs générations ont systématiquement un accès inégal aux services et aux opportunités – notamment en matière d’éducation, de logement, d’assainissement, d’accès à l’emploi et à la justice, et pour ce qui est de participer aux décisions qui les concernent. Ils sont structurellement désavantagés face à toute menace.

La discrimination prive également de nombreuses personnes d’un accès égal à des soins de santé de qualité.

En tant que médecin et ancienne Ministre de la santé, j’entendais souvent des patients me dire que les centres médicaux de leur région étaient éloignés, surpeuplés et mal équipés. Ils mentionnaient aussi le fait qu’ils n’étaient pas écoutés, voire ridiculisés, lorsqu’ils demandaient à être soignés, en raison des stéréotypes affectant les peuples autochtones et les membres des groupes minoritaires.

Avec l’apparition de la COVID-19, les membres des groupes discriminés ont été surexposés à la contagion à cause de leurs revenus faibles et de la précarité de leurs conditions de travail dans des secteurs spécifiques, y compris celui de la santé.

Ils n’ont pas été pas suffisamment protégés, en raison de leur accès limité aux soins de santé et aux protections sociales, comme les congés de maladie et les indemnités de chômage ou de chômage partiel.

Ils ont été structurellement moins capables de s’isoler en cas d’infection – de par leurs conditions de vie inadéquates et un accès limité aux installations sanitaires – ce qui signifie que le virus a pu se propager beaucoup plus facilement au sein de leurs communautés.

Et la pandémie a continué d’aggraver ces facteurs.

Ces onze derniers mois, les pauvres se sont appauvris, et ceux qui souffrent de discrimination ont subi une discrimination encore plus grave.

Ceux qui ont moins accès à un travail décent et à une protection sociale sont plus facilement licenciés. Pour garder un toit sur la tête et à manger sur la table, beaucoup ont été obligés de faire un travail dangereux et encore plus précaire, souvent dans l’économie « noire », sans protection de l’emploi. Les enfants vivant dans des foyers où l’accès à Internet et l’équipement informatique sont insuffisants ont pris du retard à l’école, et beaucoup ont été obligés de travailler pour aider leur famille à survivre. En termes de sécurité économique de base, d’emploi, d’éducation, de logement et d’alimentation, la pandémie a eu un impact négatif énorme.

En outre, comme l’a souligné le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale en août dernier*, la pandémie a engendré « une augmentation significative de la stigmatisation, de l’étiquetage et de la désignation de boucs émissaires, ce qui se traduit souvent par des actes discriminatoires, voire des violences [...] en particulier à l’encontre de personnes d’ascendance asiatique et africaine, de migrants, de membres de la communauté rom et de ceux qui sont considérés comme appartenant à des castes inférieures ».

Pour prendre un exemple visuel, imaginons des cercles d’inégalités, d’impuissance et de formes multiples de pauvreté. Tous deviennent de plus en plus larges et épais à cause de la COVID-19. Et à l’endroit où tous ces cercles de souffrance et de pauvreté se touchent – au centre même de ce schéma – se forme un trou noir des droits de l’homme, créé par la discrimination.

Nous devons tirer des enseignements de la COVID-19.

Je crois en la possibilité d’un changement, car j’en ai été témoin – d’un changement social transformateur capable d’offrir une réconciliation et un meilleur avenir à une nation toute entière. Mais pour faire changer les choses, nous devons absolument tirer des leçons des catastrophes. Et la COVID-19 démontre très clairement que les inégalités et la discrimination ne font pas que nuire aux personnes qui sont directement, et injustement, touchées.

Elles créent également des ondes de choc qui affectent tout un chacun, dans l’ensemble de la société.

Face à l’impact disproportionné de la pandémie sur les groupes minoritaires, nous devons mettre fin à la discrimination et à la négligence qui durent depuis des générations et qui ont contribué à sa propagation.

Nous avons besoin de politiques solides qui protègent notre égalité et qui garantissent un accès universel et égal aux protections sociales et aux soins de santé, sans aucune forme de discrimination.

Nous devons améliorer la qualité des systèmes de soins de santé qui ont été affaiblis, dans de nombreux pays, par les budgets d’austérité et l’absence d’investissements permettant d’avoir du personnel de santé qualifié. Nous devons mener des efforts dans l’immédiat et à plus long terme pour faire progresser le droit à la protection sociale. Même en temps de crise, les États ont le devoir de lettre à disposition des ressources pour protéger les droits économiques, sociaux et culturels des populations marginalisées.

Et nous devons recueillir des données sur le dépistage ainsi que sur le nombre de personnes infectées et de décès liés à la COVID-19, ventilées par sexe, âge, origine raciale ou ethnique et toute autre situation, pour que les politiques mises en place ciblent spécifiquement ceux qui en ont le plus besoin.

Les récents progrès effectués concernant les vaccins illustrent l’ingéniosité humaine et notre capacité à résoudre des problèmes très complexes. Nous devons rendre ces vaccins accessibles et peu coûteux, et les distribuer de manière équitable.

Nous avons besoin d’institutions qui favorisent le respect des points de vue et des droits de tous les membres de la société – et plus particulièrement la participation pleine et active et la consultation des communautés qui ont été laissées pour compte.

Nous avons besoin d’informations et d’une éducation en matière de santé qui soient opportunes, fondées sur des données probantes et crédibles pour tous, pour permettre aux personnes concernées de faire des choix éclairés.

Nous avons besoin de lois qui obligent les systèmes de police et de justice à servir et protéger la population avec transparence et sans discrimination.

Enfin, et surtout, il est vital de créer un environnement favorable aux organisations de la société civile qui leur permet de fonctionner en toute liberté et de soutenir les communautés qui en ont le plus besoin.

La réalisation de ces objectifs sera l’œuvre de toute une génération. Cela nécessitera de vastes coalitions et des efforts à l’échelle mondiale. Mais cette tâche d’envergure n’est pas insurmontable : cela signifie simplement que nous devons commencer dès maintenant. Car ces principes, en action, forment la base de la résilience. Ils protègent les plus vulnérables – et nous tous – des pires effets de n’importe quelle crise.

Les effets immédiats de la COVID-19 sur la santé, associés à ses conséquences sociales et économiques à plus long terme, ont déjà fait plus d’un million de victimes, détruit d’innombrables moyens de subsistance, porté atteinte à l’éducation des jeunes, engendré une augmentation de la violence faite aux femmes et entraîné une hausse de la pauvreté et de la faim dans toutes les sociétés.

Cette contagion explosive est accélérée et aggravée par la discrimination. Il est grand temps d’éradiquer ces préjudices générationnels, multidimensionnels et globaux.

Merci.